Cahiers Spartacus

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Histoire du socialismeLa révolution russeStalinismeLa révolution socialiste

Staline, Trotski, l'héritage de Lénine

13.0 EUR

Quand, dans l’été de 1940, Trotski meurt sous les coups d’un assassin aux ordres des services secrets soviétiques, c’est justement à une biographie de Staline qu’il est en train de mettre la dernière main.

Le but de Trotski est de montrer que la personnalité de Staline n’aurait pas dû lui permettre de « jouer un rôle aussi exceptionnel », c’est-à-dire de succéder à Lénine à la tête de l’État soviétique. Mais comme le met en évidence Paul Mattick dans l’analyse qu’il fit de ce livre lors de sa parution, Trotski ne démontre pas que Staline a rejeté les objectifs et les principes d’action fixés par Lénine : construction d’un capitalisme d’État, monopolisation du pouvoir par le Parti. Il est d’ailleurs frappant qu’à aucun moment Trotski ne fasse ne serait-ce qu’une allusion au fonctionnement du Parti, à son bureau d’organisation mis en place sous la direction de Lénine et qui permit à Staline, qui le dirigeait, de placer et déplacer les responsables du Parti pratiquement à sa guise.

Si Trotski, par son rôle dans la révolution russe, son exil, les persécutions dont il fut l’objet de la part des gouvernements occidentaux et du régime stalinien, est apparu comme le défenseur de la Révolution contre le cours que lui donna Staline, aurait-il mené une politique fondamentalement différente de la sienne s’il était sorti vainqueur de la lutte pour le pouvoir ? C’est ce qu’examine Willy Huhn dans trois études fouillées ; que Trotski, notamment, ait considéré jusqu’à sa mort l’U.R.S.S. comme un « État ouvrier » permet d’en douter. Trotski, comme Staline, n’avait pas d’autre but que de suivre les voies tracées par Lénine depuis la prise du pouvoir par les bolcheviks.

Peut-être davantage que les innovations en matière de gestion étatique de l’économie, ce sont les méthodes léninistes de monopolisation du pouvoir qui se sont montrées les plus durables : chef suprême, interdiction de toute opposition organisée, dépendance de toutes les organisations sociales envers l’État et donc le Parti, étouffement de toute critique, appareil judiciaire  appendice de la police politique, diabolisation des opposants réels ou supposés, emprisonnement – ou pire – pour des motifs vagues ou infondés… En République populaire de Chine, ces caractéristiques s’appuient en outre sur des technologies dernier cri. À l’idéologie de la libération du prolétariat y a succédé un nationalisme exacerbé.

Peu d’autres régimes, cependant, se réclament aujourd’hui du léninisme, et visent à aboutir à une mainmise aussi complète sur la société. Mais ces méthodes nées au XXe siècle se sont banalisées. Aujourd’hui, l’autoritarisme gagne du terrain à travers le monde. Se sentant peut-être fragilisés par l’internationalisation des sociétés et l’accès plus facile des habitants à l’information, nombre de gouvernants en usent désormais. Au « tous ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous » s’ajoute le « tous ceux qui ne sont pas comme nous n’ont pas droit de cité. » La critique même devient illégitime, une trahison, une pensée déviante à éradiquer. Pour prendre la mesure de cette tendance, dans un monde pourtant profondément changé, il reste utile de comprendre ce qu’a été le léninisme. 

 

Première édition sous le titre Trotsky, le Staline manqué (Spartacus 1981).

 

182 pages - 2019